Le trompe l'oeil des transports en commun

Publié le par Daniel CLOAREC

Extrait du bulletin "Liaison n°92"


Le trompe l'œil des transports en commun


Les investissements doivent-ils aller en priorité aux infrastructures routières ou aux transports collectifs? Le problème n'est pas nouveau. Le succès de la manifestation organisée samedi 3 février par le collectif COPRA contre le projet de prolongement ouest de l'A 104 semble bien indiquer que les Franciliens sont clairement opposés à ce que l'Ile-de-France devienne le nœud central du réseau autoroutier reliant l'Europe du sud et celle du nord.
   
Le contrat de plan Etat-Région 2000-2006 avait, pour la première fois, donné la priorité au financement des transports collectifs: 63% contre 37% à la route. Mais fin 2005 les projets routiers étaient réalisés à 80%, les transports collectifs à 46% seulement (retards pris par les études, difficultés et lourdeurs administratives, coût réel des projets très supérieur aux prévisions).
   
Le gouvernement a demandé au préfet de région de lancer, en juillet 2006, l'élaboration d'un nouveau contrat Etat-Région 2007-2013 appelé cette fois "contrat de projets", avec pour les transports collectifs une enveloppe de l'Etat de 692 millions d'euros. A l'issue de négociations menées dans l'opacité totale, Jean-Paul Huchon vient de se déclarer satisfait d'avoir obtenu de l'Etat 874 millions d'euros, la Région: investissant de son côté 2063 millions d'euros.
   
Le problème est que, sur le montant total de 2,9 millions d'euros, près de 60% vont être consacrés à financer l'achèvement des projets inscrits dans le contrat de plan précédent. Ce qui reste n'est pas du tout à la hauteur du programme, très ambitieux, de transports collectifs annoncé dans le projet de SDRIF avec un phasage dans le temps tout à fait irréaliste, compte tenu de l'expérience passée. On voit mal comment les conseillers régionaux pourraient, les 14 et 15 février, voter de bonne foi en même temps le projet de SDRIF et le contrat de projets qui l'accompagne.
   
Les Franciliens n'accepteront pas que les importants programmes de construction prévus dans les secteurs d'urbanisation et de densification prioritaire qu'on nous annonce bien desservis par les transports collectifs, soient mis en œuvre, une fois de plus, sans que leur desserte par des transports en commun soient réalisés. Sinon, alors: que le changement climatique et la raréfaction des réserves d'énergie fossile imposent de réduire la consommation de carburant et l'émission des gaz à effet de serre, ils continueront à s'engager avec leur voiture sur des routes de plus en plus engorgées. Leur qualité de vie sera dégradée au lieu d'être améliorée et ils le pardonneront difficilement aux politiques.   


Daniel Hannotiaux
   
Président d'Ile-de-France Environnement.
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